« Vaisseaux fantômes et songes aqueux » au festival «Udensgabali »

« Udensgabali / Waterpieces » ou Pièces d’eaux en Français  est le principal festival balte consacré à l’art vidéo. Organisé par l’association NOASS (elle-même sise sur un bateau) à Riga.

Le festival cultive, à travers sa programmation pointue et avant-gardiste mais jamais élitiste, sa différence, faisant œuvre de pionnier, défrichant les dernières tendances mondiales dans le domaine de l’art vidéo, s’attachant à faire découvrir chaque année à ses différents publics des images et des sons inhabituels, des performances décalées.

 

Vaisseaux fantômes et songes aqueux

Programmation vidéo

La programmation proposée pour l’édition 2015 du festival « Udensgabali / Waterpieces » explorera la dimension métaphorique et symbolique des bateaux et ports : seuils de nouveaux mondes, ils renvoient aux voyages, qu’ils soient réels ou intérieurs, aux départs, qu’ils emmènent ailleurs ou signent la fin d’une vie. Vecteur psychopompe par excellence, l’embarcation peut devenir vaisseau, voire vaisseau fantôme.

Les traversées des quelques vidéos sélectionnées évoquent l’exil, la recollection mémorielle, l’échec des utopies, l’abandon onirique ; elles nous perdent là où « l’eau et les rêves » se mêlent (pour reprendre le titre du célèbre ouvrage de Gaston Bachelard). Elles constituent, au propre, des plongées au sein d’univers mentaux. Elles jouent également de nos fantasmes, de nos croyances, où le navire conquérant, outil politique, s’abîme, s’échoue, laissant là nos certitudes et nos identités.

Il y est question de dérive physique, mais aussi psychique. La réclusion propre au navire – qui autorise à comparer le bateau, le sous-marin mais aussi la navette spatiale, à la prison – renvoie à la forclusion que l’on peut tous expérimenter, à des degrés divers. Et comme l’esprit réécrit à l’envi quand il se trouve en prise avec lui-même, les œuvres présentées dans Vaisseaux fantômes et songes aqueux construisent et déconstruisent des récits : récits personnels arrangés, récits collectifs mythifiés, etc. Ou bien font émerger, par la dissociation de l’image et du son, les distorsions de temporalités, les confrontations de sources utilisées, des voix jusqu’alors inaudibles et des paysages insoupçonnés.

A l’instar de L’Insurrection d’un songe d’Olwen Gaucher qui ouvre et referme la programmation, on naviguera entre deux eaux. Où la poésie côtoie l’absurdité, l’engagement le lâcher-prise, la contrainte les glissements.

Marie Cantos

Skinny dip uncensory

Performance de Laura Gozlan

Durée approx. 30 mn

Invitée dans le cadre de Vaisseaux fantômes et songes aqueux (commissariat : Marie Cantos) où sera projeté son film Farewell Settler, l’artiste Laura Gozlan (1979) nous fait plonger plus profondément encore dans les eaux troubles de la psyché humaine et de la manipulation mentale.

Elle propose en effet une performance inédite qui, tout en s’inscrivant dans la lignée de ses recherches, se saisit des problématiques esquissées dans la programmation vidéo pour en déplier un des aspects peut-être parmi les plus dérangeants. Il y sera notamment question de « noyade psychique » telle qu’elle était pratiquée dans certains black programs américains des années 1950-1970 (type : Projet MK Ultra).

Sur grand écran, un montage de vidéos et de films (« found footages »). Sur scène, devant l’écran, un « intermédiaire physique », incarné par l’artiste elle-même, lit différents extraits de textes (fictions et essais). Dans l’espace, l’image vient se morceler, se disperser : une fragmentation accompagnant celle des sources convoquées, qu’elles soient textuelles, sonores ou filmiques, mais aussi celle de l’esprit, de ses associations et dissociations.

Quelque chose de la psychanalyse autant que de la prise de drogue.

Une expérience immersive à la mesure des fantasmes paranoïaques de l’époque.