Une innovation pour la démocratie

Au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), Michel Balinski (mathématicien) et Rida Laraki (ingénieur de l’Ecole Polytechnique) se sont distingués par leurs travaux visant à faire évoluer le système de vote.

Très souvent, au cours d’une élection, les citoyens choisissent un unique candidat lors d’un scrutin à un ou deux tours. Or, de façon surprenante, ce mode de scrutin peut amener à élire un candidat autre que celui voulu par l’électorat.

Comment ?

Un candidat A ayant une réelle chance de gagner peut être freiné par la présence d’un candidat B, moins populaire mais proche du même bord politique, menant à une dilution des voix et facilitant potentiellement le succès d’un candidat C, du bord politique opposé.

Face à ce risque, certains décident de « voter utile », c'est-à-dire de voter pour le candidat, non pas qu’ils préfèrent, mais qui a selon eux, une meilleure chance de gagner sans être trop éloigné de leurs convictions.

Après 4 années de recherche dans le secret de leur laboratoire, Michel Balinski et Rida Laraki ont mis au point un système permettant aux électeurs d’exprimer leurs réelles préférences tout en évitant le risque lié à la multiplication de candidats moins populaires.

Au lieu de faire le choix d’un candidat, les chercheurs proposent que chaque candidat soit évalué individuellement sur une échelle allant de Excellent à A rejeter, sur un bulletin de vote qui pourrait ressembler à ce tableau :

  Excellent Très bien Bien A. bien Passable Insuffisant A rejeter
A x
B x
C x

 

A l’issue du scrutin, on obtient un pourcentage pour chacune de ces mentions. Par exemple, pour le candidat A :

  Excellent Très bien Bien A. bien Passable Insuffisant A rejeter
A 9 14 16 15 18 15 13

 

Pour départager les candidats, on détermine ensuite leur mention majoritaire : on additionne les résultats jusqu’à atteindre ou dépasser les 50%, en partant de la mention Excellent, puis Très bien, etc.  Le candidat A obtient donc la mention Assez bien (9+14+16+15 = 54). Le candidat qui l’emporte alors est celui avec la meilleure mention.

Avec ce nouveau système de vote, dit à jugement majoritaire, tous les candidats obtiennent le même nombre de votes. Qu’un candidat s’ajoute ou se retire ne change rien puisque chacun est évalué individuellement. Les candidats ne sont donc pas départagés par le nombre de voix obtenues mais par l’intensité de la préférence, permettant donc un résultat plus représentatif de la volonté des électeurs.

Depuis 2019, cette innovation est sortie de son laboratoire d’origine pour être mise en œuvre au sein de partis politiques, de plus en plus nombreux à l’adopter pour leurs affaires internes. Une première étape avant, peut-être, une utilisation généralisée.

 

En savoir plus :

  • Video: Reforming the presidential election! - Amazing science # 35 (français sous-titré anglais)

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